C’est un roman cathartique pour l’auteure, Danielle Eyango. Avec nostalgie, elle dévoile la difficile adolescence de son oncle chanteur, Kotto Bass, ainsi que les querelles familiales nées au lendemain de sa mort brutale.
L’âme de Kotto Bass est bel et bien là. Vivant et vivace. Seize ans après sa mort. C’est dans ce roman de Danielle Eyango, sa nièce. Elle qui, par la force des choses et du temps, est devenue écrivaine. Retraçant les souffrances, de ce « gosse reptile » du Camp Yabassi à Douala, son abnégation, malgré tout, au travail et sa positivité d’atteindre le sommet. Sa guitare Bass et sa voix unique, ces deux instruments de prédilections, devant l’aider à y parvenir. Des nuits blanches au cabaret Mermoz à Akwa au studio Makassi, l’homme a marqué de son emprunte. Son talent de bassiste a fait de lui, l’élément incontournable dans les albums des artistes camerounais dans les années 90. Pour combien de temps ? Deux ans ? Trois ans ? Quatre ans ou plus ?
Ce qui est sûr, « Tonton Vieux », comme l’appelait l’auteure, avait pris son envol. Une tournée Européenne l’attendait quand le sang a coulé. Comme l’avait prédit Carole, sa copine. Brisant le rêve d’un enfant, une famille nucléaire que musicale, des fans qui n’avaient d’yeux que pour admirer cette mascotte des handicapés. Il a vomit des caillots de sang, accompagnés de morceaux de sa chair. Ses cris de douleurs déchiraient le silence de la nuit. Finalement, la mort s’invita dans la maison au cours de cette nuit du 19 au 20 novembre 1996. Nyamsi Kotto Roger alias Kotto Bass a tiré sa révérence. Sa sœur aînée est fortuitement incriminée par sa famille. Ses frères et sœurs paresseux se battent dans l’unique optique d’obtenir ses droits d’auteurs et son répertoire musical. Ils n’auront pas ce dernier enfouit minutieusement dans la terre, sous un rocher non loin de la maison familiale. Avec comme unique témoin privilégié, Koffi, le vieux boutiquier du quartier chez qui, Kotto a fabriqué, sous son comptoir, sa première guitare.
Danielle Eyango avait de la rancœur vis-à-vis de l’assassin de son oncle chéri. Il fallait filtrer l’eau qu’elle représente dans le roman. Eteindre définitivement ce volcan qui bouillonnait en elle. « Tonton Vieux » a fait l’affaire. Elle lui rendant des visites nocturnes pendant onze années consécutives. Incroyable pourtant vrai. L’écrivain sénégalais Birago Diop le disait déjà en son temps qu’en Afrique, « les morts ne sont pas morts… ». Ce premier roman de Danielle Eyango, « Comme un oiseau en plein envol », achevé d’écrire le 22 janvier 2011 à 20h33, est donc cathartique pour elle. Sans peinture, l’auteure dit tout sur cette mort mystérieuse de Kotto Bass, sur ces oncles et tantes cupides, sur sa « markaret Tchatcher » de mère, sur l’exposition constante de la nudité de sa « mémé » qui disait maudire sa fille, sur la vie de prostituée menée par la « veuve assassin » du défunt… Elle le dit avec des mots crus et directs ; dans un style qui lui est propre. Ses jeux de mots aussi ne sont pas en reste. Ce bouquin vient ainsi dissiper les rumeurs divulguer, faire jaillir la vérité et rendre définitivement immortel ce virtuose de la guitare qui, depuis lors, a aménagé au cimetière Cancresse à Bonaberi ; rebaptisé cimetière Kotto Bass. Sa statuette plantée au beau milieu qui surplombe la clôture a pris des rides mais il demeure éternel. Adieu l’artiste !
Frank William BATCHOU
Danielle Eyango, Comme un oiseau en plein envol, Editions du protocole, Paris, novembre 2012, 10.000 Fcfa